Au fil des années, l’UCLouvain a soutenu le développement d’une trentaine de MOOCs. En 2018, quelques 5800 étudiant·es de notre établissement les ont suivis à l’invitation de leur enseignant·e. Ces cours en ligne ouverts au monde entier deviennent familiers aussi dans notre communauté locale 🙂 C’est réjouissant puisque notre motto est « explorer de nouvelles formes d’apprentissage et d’enseignement à l’université ». Mais l’exploration de nouveaux usages entraîne de nouvelles questions. Introspection d’une trajectoire d’innovation à l’échelle d’un établissement…

Des innovations au niveau micro : transformer une unité d’enseignement

Rappelons tout d’abord que, depuis le démarrage du projet Louvain moocXperience en 2013, l’UCLouvain a fait le choix d’articuler les MOOCs avec les enseignements dispensés sur les campus. Un des critères de sélection des projets était « le MOOC doit être exploité dans une ou plusieurs unités d’enseignement (UE) des programmes d’études ». Ainsi, les investissements octroyés ne devaient pas bénéficier uniquement à des apprenant·es extérieur·es à l’université mais bien aussi aux étudiant·es en interne, dans le but d’améliorer la qualité de leur formation.

Présentiel enrichi et classes inversées

Schéma présentant un continuum de 5 usages des technologies éducatives, allant, du côté gauche, à un usage en face à face où peu de technologies sont impliquées à, du côté droit, un usage entièrement en ligne. Entre les deux, trois usages progressifs de blended learning : de gauche à droite, du présentiel enrichi, des classes inversées et des dispositifs hybrides.

Les premières années, les explorations pédagogiques ont principalement amené les académiques de l’UCLouvain vers des pratiques de présentiel enrichi ou de classes inversées. Ils et elles ont utilisé leur propre MOOC pour repenser leur façon d’enseigner : consacrer les moments en classe à des activités plus engageantes que la simple écoute d’exposés ; stimuler l’activité des étudiant·es tout au long du semestre par la réalisation de modules en ligne avant de venir au cours ; offrir davantage d’exercices et d’évaluations formatives via les tests du MOOC, etc.

Ainsi, les MOOCs représentent une occasion d’innovation pédagogique au niveau micro : au sein d’une unité d’enseignement, par l’enseignant·e en charge de cette UE. L’amélioration de la qualité de la formation des étudiant·es est abordée sous l’angle de l’intensification de leur engagement actif dans leurs apprentissages (lire un témoignage d’étudiant à ce sujet, ou encore, les publications de certain·es enseignant·es).

Des enseignements hybrides

Certaines pionnières ont d’emblée expérimenté des dispositifs pédagogiques davantage hybrides. Ces enseignantes ont tiré profit du cours en ligne pour offrir de la flexibilité organisationnelle aux étudiant·es, principalement dans des programmes d’études à horaire adapté pour les adultes. Les séances en auditoire ne sont plus organisées chaque semaine, allégeant ainsi les déplacements et les contraintes horaires. Des séances d’exercices et de questions-réponses en classe sont proposées, parfois à titre facultatif. Ou encore des rendez-vous en ligne mais synchrones. En fin de période, l’examen traditionnel sous surveillance, en salle, reste la pierre angulaire de la réussite du cours.

Le changement organisationnel est plus important que dans un usage de présentiel enrichi. Mais on se situe toujours à un niveau micro : dans un dispositif décidé et contrôlé par l’auteur ou l’autrice du MOOC en même temps titulaire de l’UE.

Des innovations au niveau meso : transformer un programme

« Parce que cet étudiant a des contraintes horaires qui rendent son programme annuel difficile à composer, je lui ai proposé de suivre deux MOOCs cohérents avec ses études. » (un responsable de programme)

Récemment, des intentions de nouveaux usage des MOOCs ont émergé. Des étudiant·es (de l’UCLouvain) aussi bien que des responsables académiques (de l’UCLouvain) souhaitent considérer des MOOCs (de l’UCLouvain) comme des UE à part entière, permettant de valider des crédits dans les programmes d’études. Il ne s’agit plus ici d’exploiter un MOOC au sein d’une UE mais bien de donner à un MOOC le statut d’UE. Les bénéfices recherchés sont organisationnels (souplesse des moments et des lieux d’apprentissage) mais aussi l’opportunité d’enrichir les cours proposés aux étudiant·es en allant piocher dans l’offre d’autres facultés. Les MOOCs deviennent un véhicule d’enseignement pour d’autres académiques que leur auteur ou autrice.

« Nous aimerions ajouter le MOOC Penser critique dans la liste des cours à option de notre programme car nous trouvons qu’il vise des apprentissages qui ne sont pas suffisamment enseignés par ailleurs. » (une commission de programme)

Des unités d’enseignement entièrement en ligne

Ce scénario d’usage soulève une avalanche de questions :

  • Le MOOC à lui tout seul permet-il de rencontrer tous les acquis d’apprentissage visés par l’UE dans laquelle il devait, initialement, être exploité ? L’enseignement tient-il la route sans les activités complémentaires prévues en classe ?
  • L’UE rassemblerait-elle dès lors deux audiences d’étudiant·es ? Les étudiant·es ordinaires, qui suivent un dispositif de blended learning, et celles et ceux qui suivent le cours entièrement en ligne ? Comment encadrer de façon équitable ces deux audiences ? Comment même les distinguer au sein de la liste des personnes inscrites à l’UE ?
  • Quel serait l’impact sur la charge de travail de l’académique responsable ? Son encadrement viserait les deux audiences UCLouvain + les milliers d’apprenant·es du cours ouvert du monde entier !
  • Faudrait-il aller jusqu’à proposer aux étudiant·es le choix entre suivre le cours traditionnel ou suivre le cours en ligne ?
      • NB : Dans l’absolu, offrir ce genre de choix est tout à fait sensé. D’autres universités le font, comme les universités bimodales décrites par exemple par Paquelin (2016). Mais à l’UCLouvain aujourd’hui, cette question est révolutionnaire.
  • De quelles balises pédagogiques faudrait-il encadrer un tel usage créditant d’un MOOC ? Faudrait-il par exemple imposer un examen dans les locaux de l’université, sous surveillance, à l’issue du MOOC, comme pour les UE ordinaires ?
  • Et si l’on autorisait cela pour un MOOC de l’UCLouvain, irait-on jusqu’à envisager de valider des crédits pour un MOOC d’une autre université ? A quelles conditions ?

Des programmes hybrides

Cependant, il faut reconnaître qu’il y a une certaine logique à vouloir considérer les MOOCs comme des unités d’enseignement à part entière :

  • Certains d’entre eux sont proposés comme UE créditantes à des étudiant·es d’autres universités dans le cadre du projet pilote European Virtual Exchange. Dans ce contexte, des étudiant·es espagnol·es, suisses, néerlandais·es… valident des crédits après avoir réussi le cours en ligne et un examen surveillé dans leur établissement. Pourquoi n’autoriserait-on pas à des étudiants locaux ce que l’on autorise à des étudiants internationaux ?
  • Des personnes ayant réussi en ligne les différents cours d’un programme edX de MicroMasters se voient valider des crédits si elles viennent ensuite s’inscrire dans le master adossé à l’UCLouvain.
  • L’UCLouvain met en avant son offre de cours en ligne ouverts à toutes et tous au quatre coins du monde mais n’autoriserait pas ses propres étudiant·es à les intégrer dans leur parcours d’études ?

« J’aimerais ajouter le MOOC Economie sociale et solidaire parmi mes cours à option cette année. Comment puis-je faire ? » (une étudiante de master en sciences appliquées)

L’innovation se situe ici à un niveau meso – le niveau des programmes d’études – et concerne l’organisation de l’offre d’enseignement. L’amélioration de la qualité de la formation est envisagée sous l’angle de l’enrichissement de l’offre et de son adaptation aux nouveaux contextes de l’enseignement supérieur. L’hybridation ne concerne plus l’articulation d’activités à distance et en présence au sein d’une unité d’enseignement mais bien au sein d’un programme d’études : certaines UE à distance, d’autres en présence.

Vers des innovations au niveau macro ?

A l’heure d’écrire ces lignes, bon nombre de ces questions sont en cours d’analyse à différents niveaux de l’établissement. De nouvelles pratiques sont expérimentées à titre pilote avant, éventuellement, passage à l’échelle.

Et de nouvelles idées émergent déjà : si offrir une unité d’enseignement entièrement en ligne (sauf l’examen !) devient une pratique acceptable au sein de l’établissement, cela ouvre de nouvelles opportunités. Cela permettrait d’optimiser l’organisation d’enseignements destinés à des étudiants et étudiantes de toutes les facultés, typiquement des cours visant à développer des connaissances ou compétences transversales. On peut imaginer, à partir du MOOC Penser critique par exemple, former un grand nombre d’étudiant·es sur les différents campus de l’université, avec une base théorique commune à tous, organisée en ligne, complétée par des parties spécifiques aux disciplines, organisées localement.

Ainsi, l’innovation suit des chemins parfois détournés : il aura fallu sortir des murs de l’établissement et ouvrir des cours en monde entier pour envisager l’enseignement en ligne comme valeur ajoutée pour la formation de nos propres étudiant·es. C’est là où nous en sommes en décembre 2019… suite aux prochains numéros 😉

Références

Bates, T. (2015). The continuum of technology-based learning. In Teaching in a Digital Age. Guidelines for designing teaching and learning. CC BY-NC 4.0.

Paquelin, D. (2016). D’une université campus à une université multi-modale. Analyse d’une dynamique québequoise. Le cas de l’Université Laval. Distance et médiation des savoirs, volume 16.